PARC NATIONAL DE L'OUARSENIS

I - Situation.

Le Parc national de l'Ouarsenis est situé dans le massif montagneux du même nom. Ce massif forme la chaîne sud de l'Atlas tellien et se trouve dans la région comprise entre la vallée du Chéliff au nord, celle de l'oued Fodda, à l'est, le plateau du Sersou, au sud, et la vallée de l'Oued Lardjem, à l'ouest.
L'altitude varie de 1.000 mètres à 1.985 mètres (Pic de Sidi Amar, point culminant de toute une immense région).
Le Parc occupe le versant nord de ce pic et la crête dentelée de Sidi Abd-el-Kader, qui forment à eux deux le massif orographique de l'Ouarsenis avec sa forme de cathédrale à dôme arrondi, si caractéristique et si majestueuse.
Administrativement, on se trouve sur le territoire du douar Beni‑Hindel, qui fait partie de la commune mixte du Chéliff (arrondissement d'Orléansville).
La surface totale du Parc national est de 1.030 ha.45.

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II - Géologie.

Les sommets du Parc national de l'Ouarsenis appartiennent au Lias moyen (charmoutien). Ils forment des masses importantes de calcaires compacts, découpés en crêtes aiguës et dentelées, présentant une série de pics et d'escarpements abrupts.
L'aspect géologique de la crête de l'Ouarsenis est le même que celui du cap Ténès, à 100 kilomètres plus au nord, qui appartient au même étage. Les grands pics sont entourés par des grès, des quartzites et des schistes argileux de la série infra crétacée.
Ici les cèdres vivent sur ces calcaires liasiques, tandis qu'à Téniet-el-Haâd, nous les avons vus sur les grès medjaniens de l'éocène supérieur.

III - Flore et faune.

La flore est celle des hautes régions méditerranéennes. En dehors des essences principales, telles que le cèdre de l'Atlas, le pin d'Alep et le chêne vert, on rencontre quelques thuyas, des genévriers et, dans les parties hautes et rocheuses, des érables de Montpellier. En sous‑bois, on voit des lentisques, des genêts, des cistes, des romarins, du diss, etc.
La faune comprend de nombreux chacals, (les hyènes, quelques lynx, des lièvres, des lapins. Les oiseaux sont représentés par des genres variés, particulièrement des rapaces, qui trouvent, dans les rochers inaccessibles, des refuges absolument sûrs.
On peut citer notamment les différencier espèces d'aigles, les faucons, les éperviers, les buses, les vautours les circaètes et les rapaces nocturnes tels que hiboux et chouettes. On trouve aussi des pigeons en grand nombre, bisets et ramiers, (les tourterelles, des perdrix , des pies, des bécasses et tous les passereaux méditerranéens.
Il y a peu de reptiles, les vipères surtout sont rares.

IV - Allure des peuplements forestiers.

Les peuplements forestiers comprennent, sur les versants ouest et sud du Pic de Sidi Amar, le chêne vert à l'état pur; mais sur le versant nord, le chêne vert est mêlé au cèdre, d'abord, puis au pin d’Alep et ces trois essences forment sur les épaulements de la montagne des massifs mélangés d'un pittoresque et d'une douceur d'aspect remarquables.
Enfin, en descendant toujours vers le nord le pin d'Alep devient de plus en plus nombreux jusqu'à rester seul maître du terrain.
Tous ces peuplements sont bien venants et comprennent de fort beaux arbres.

                                  

V - Voies d'accès.

La voie normale d'accès au Parc national de l'Ouarsenis est le chemin de grande communication d'Orléansville à Vialar qui passe par Bou‑Caïd, centre minier très important (mines de zinc de la Société de la Vieille Montagne) situé à 60 km. d'Orléansville.

A Bou Caïd, un embranchement se détache de cette route et conduit par un chemin de terre, mais carrossable, de 3 km. de longueur à la maison forestière d'Ain Antar, au milieu des beaux peuplements mélangés dont nous avons parlé, c'est‑à‑dire au cœur même du Parc.

Par temps clair, le soir, au soleil couchant, la route, venant d'Orléansville sur Bou‑Caïd, mérite d'être faite à petite allure, à partir d'Aïn el Allou, afin de pouvoir admirer, à loisir, la masse imposante de l'Ouarsenis. On y jouit d'une vue réellement splendide. La lumière, qui est intense, sans être trop vive, illumine les crêtes qui se profilent les unes sur les autres avec une netteté sans pareille. Les couleurs les plus variées se mélangent sans se heurter et les ombres portées accentuent la profondeur des ravins, donnant aux sommets un relief saisissant. Tout cela forme un tableau d'une réelle grandeur et d'un charme impressionnant.

Mais il est une autre voie d'accès que l'on pourrait appeler ‘’le chemin des écoliers "; c'est la série de pistes muletières qui, partant du Rond‑Point des Cèdres, dans le Parc du même nom, conduit à Aïn Antar, en passant par les maisons forestières d'Aïn M'Zila et d'El Nouadeur et en traversant les forêts des Beni‑Chaïb et des Mehabis. Ces deux forêts, constituées essentiellement par des pins d'Alep, renferment aussi, par places, des chênes verts. Le chemin forestier serpente au travers de ces peuplements, parfois très denses, parfois clairiérés comme dans un Parc et la promenade est charmante.

VI - Maisons forestières.

La seule maison forestière située à l'intérieur du Parc de l'Ouarsenis est celle d'Aïn Antar (1.170 m.) qui est remarquablement située et d'où l'on jouit d'une vue très étendue vers le nord.

VI - Sites intéressants.

Les excursions à entreprendre soit dans le Parc même, soit à ses abords immédiats, sont fort nombreuses. Il y a lieu de citer plus spécialement :

Le Pic de Sidi Amar (1.985 mètres, point culminant du massif de l'Ouarsenis).
Son ascension ne présente aucune difficulté et peut même se faire sans fatigue, si l'on utilise un mulet pour faire la plus grande partie de la montée. On peut arriver ainsi jusqu'à environ 1.750 mètres. Il reste donc moins de 250 mètres à gravir à pied par un sentier raide et caillouteux, mais nullement dangereux.
Une fois au sommet où s'érige le marabout de Sidi Amar, blanchi à la chaux, rien ne gêne la vue et lorsque l'atmosphère est claire, on a sous les yeux, au delà d'un premier cirque de montagnes, une grande partie des Hauts Plateaux et du Tell jusqu'à la Méditerranée qu'on distingue à travers une dépression de la chaîne littorale.

Le Pic  Sidi Abd el Kader.
L'ascension de ce pic qui a environ 1.750 mètres d'altitude et qui fait partie de la crête dentelée, est réellement intéressante. On y rencontre quelques petites difficultés qui en augmentent le charme. Pour arriver au sommet, il faut grimper en s'aidant des pieds et des mains. Mais le roc est parfaitement solide et offre des prises sûres.
Au sommet se trouve un marabout, objet d'une grande vénération de la part des Arabes. C'est là que viennent en pèlerinage les femmes indigènes qui désirent avoir des enfants. Elles s'y rendent le soir avec tout ce qu'il faut pour y faire le couscous et elles y passent la nuit dans un petit hangar attenant au marabout.
Le panorama est sensiblement aussi étendu que celui que l'on voit du Pic de Sidi Amar, sauf vers le sud où la vue est barrée par ce dernier sommet.
En revanche, l'arête en dents de scie qui relie le Pic Sidi Abd‑el-Kader au pic Sidi‑Bel‑Abbès, avec ses crevasses, ses à-pics, ses pointes rocheuses, ses hachures, ses escarpements, offre un réel intérêt aux touristes ; niais elle n'est praticable qu'aux véritables alpinistes ignorant le vertige et munis le tout le matériel nécessaire.
Le Pic de Sidi bel Abbès est la pointe terminale de l'arête.
D'après une curieuse légende, les habitants de la vallée qui se trouve au pied du massif virent, un jour, sur les pentes abruptes qui mènent à ce sommet, une fantasia échevelée, qui se déroulait au milieu de ce chaos invraisemblable de rochers à pic. Montant aussitôt pour voir, de plus près, cette chevauchée fantastique, les indigènes ne trouvèrent, plus ni chevaux ni cavaliers; tout avait disparu. Ils aperçurent seulement, gravée sur un rocher, l'empreinte très nette d'un sabot de cheval.
Depuis ce temps, le pic Sidi‑bel‑Abbès est devenu sacré pour les Arabes et ils s'efforcent, par tous les moyens, de faire échouer les recherches de minerai auxquelles se livre la Compagnie de la Vieille Montagne dans cette partie de sa concession. Aussi se refusent-ils systématiquement à indiquer les points où se trouve la calamine, bien qu'ils en connaissent l'existence.

Le Hammam de Sidi Slimane
s
itué en dehors du Parc, au fond d'une gorge profonde et absolument sauvage, au sud du massif.

La source d'eau chaude, qui alimente les bains, est à 38° ou 39° Elle est, dit‑on, souveraine contre les affections rhumatismales. Un établissement, très modeste, a été construit pour permettre l'utilisation de cette source thermale qui est beaucoup plus fréquentée par les Arabes que par les Européens.

Le barrage de l'Oued Fodda
en constr
uction, est un travail gigantesque, qui a pour objet la retenue de plusieurs centaines de millions de mètres cubes d'eau d'hiver pour les irrigations de la plaine du Chéliff en été. D'après les plans approuvés par le Gouvernement général, le barrage, solidement appuyé aux parois de la gorge, dans sa partie la plus étroite, doit avoir 100 mètres de haut. Le bassin ainsi déterminé aura plusieurs centaines d'hectares de superficie et formera un très beau lac, qui deviendra une des curiosités de la région.

Galeries de mines.
Le massif de l'Ouarsenis est creusé de galeries de mines de calamine qui, parfois, traversent la montagne de part en part. Ces galeries en exploitation sont curieuses à visiter. Il y a bien quelques étages à monter ou à descendre, en se suspendant à des échelles de fer verticales et en pataugeant parfois dans une boue plus ou moins liquide. Mais cette visite est intéressante et vaut la peine d'être faite. 

Tout le Parc lui-même est à parcourir ; chaque point a son charme particulier et nombreux sont les coins attrayants.
 Il faut notamment signaler une clairière, où poussent deux superbes cèdres, les plus beaux de l'Ouarsenis, nommés " Marabouts " parce qu'ils sont dédiés à Sidi Ben Amar. On remarquera, en effet, que leur pied est entouré d'un petit cercle de pierres marquant la vénération dont ces arbres sont l'objet.

VIII - Climat.

Le climat est très tempéré en été et le séjour, dans le Parc, à cette saison, est fort agréable. Il est tout indiqué pour les personnes fatiguées par le dur climat de la vallée du Chélif, qui ont besoin de se refaire et de se remettre. Si parfois, certaines journées sont chaudes, les nuits sont toujours fraîches.
En hiver, la neige tombe généralement en abondance, pendant les mois de janvier, de février et de mars. Elle persiste assez longtemps sur le versant nord et donne au paysage un nouveau charme.
En avril et en mai, les orages de grêle sont fréquents. On voit, en quelques heures, la température s'abaisser jusqu'aux environs de 0°.

IX. Conclusions.

En résumé, le Parc national de l'Ouarsenis constitue un site qui se recommande, aussi bien par son climat agréable et sain en été que par l'aspect grandiose et très particulier de la montagne.

La crête de Sidi-Abd-el-Kader que l'on a comparée plus ou moins exactement à une nef de cathédrale, s'étend sur une longueur de 5 kilomètres et se termine par le dôme majestueux de Sidi Amar.

Le Parc est accessible, même en plein hiver, aux automobiles. Enfin un service public d'autobus conduit d'Orléansville à Bou Caïd et à Molière (Beni-Hindel).

Lorsque la route, venant du Rond-Point (des Cèdres, Téniet El Haâd) aura été prolongée jusqu'à Aïn Antar, l'Ouarsenis sera une étape particulièrement appréciée d'un des plus beaux (sinon du plus beau) circuits montagneux de l'Algérie.

     

  A CARQUEBUT, le30 août 2005. Jacques TORRES, d’après ‘’CENTENAIRE DE L’ALGERIE, PARCS NATIONAUX’’, Jules CARBONEL, Editeur, ALGER, imprimé le 15 octobre 1930, sur les presses de l’Imprimerie Astracolor, 63-65, rue de la Mairie, Vannes, pour le compte du Commissariat Général du Centenaire. Vignettes de Jacques SIMON.)